Judo : la France gagne des médailles, mais perd ses finales

Judo : les actualités du judo en France et dans le monde / Équipe de France / lundi 12 octobre 2026 / source : alljudo.net


Depuis 2020, la France reste la deuxième nation la plus médaillée aux Mondiaux et aux Jeux. Mais seulement 19 % de ses médailles individuelles sont en or, son plus faible ratio depuis 1980. Le Japon est à près de 50 %.

Avec 42 médailles individuelles depuis 2021, l'équipe de France reste, derrière le Japon (87), la nation la plus régulière sur les podiums mondiaux et olympiques. Le chiffre masque pourtant une réalité moins flatteuse : sur ces 42 médailles, seules 8 sont en or. Soit un taux de titres de 19 %, le plus bas de l'histoire récente du judo français.

L'étude porte sur les huit grands rendez-vous de la période : les Mondiaux 2021 (Budapest), 2022 (Tachkent), 2023 (Doha), 2024 (Abou Dabi), 2025 (Budapest) et 2026 (Bakou), et les Jeux de Tokyo 2021 et Paris 2024. Seules les épreuves individuelles sont comptabilisées. Pour la Russie, les médailles obtenues sous bannière ROC ou neutre (AIN) sont réattribuées au pays. À Doha en 2023, Teddy Riner et Inal Tasoev ont été déclarés co-champions du monde des +100 kg : chacun est crédité d'un titre. Aux nations historiques du judo (Japon, Corée du Sud, Russie, Géorgie, Ouzbékistan, Brésil) s'ajoutent l'Azerbaïdjan et l'Italie, qui comptent parmi les plus médaillées de la période (18 médailles chacune, devant le Brésil et l'Ouzbékistan).

Le Japon convertit, la France accumule

NationMédaillesOrArgentBronze% de titres% Hommes% Femmes
Japon 87 43 20 24 49,4 % 45,5 % 53,5 %
Géorgie 31 11 11 9 35,5 % 34,5 % 50,0 %
Russie 22 7 3 12 31,8 % 41,2 % 0 %
Azerbaïdjan 18 5 1 12 27,8 % 29,4 % 0 %
Ouzbékistan 13 3 4 6 23,1 % 20,0 % 33,3 %
Italie 18 4 6 8 22,2 % 0 % (0/4) 28,6 %
Brésil 15 3 3 9 20,0 % 0 % 30,0 %
France 42 8 13 21 19,0 % 27,3 % 16,1 %
Corée du Sud 21 4 3 14 19,0 % 7,1 % 42,9 %

Mondiaux 2021 à 2026 et JO 2021 et 2024, épreuves individuelles uniquement.

Le Japon écrase la comparaison : près d'une médaille sur deux est un titre, et le ratio monte à 66,7 % aux seuls Jeux Olympiques (12 titres sur 18 médailles). Derrière, la Géorgie confirme sa ca pacité à aller chercher des titres : 35,5 % de titres, portée par ses hommes (Tato Grigalashvili, Lasha Bekauri, Ilia Sulamanidze).

La Russie affiche 31,8 % malgré son absence des Mondiaux 2022. Mais ses sept titres sont tous masculins. Ses judokates n'ont décroché que des médailles de bronze sur la période.

La France ferme la marche, à égalité avec la Corée du Sud. Le contraste est frappant : deux fois plus de médailles que la Géorgie, mais moins de titres.

Le vrai problème : les finales

Le chiffre le plus parlant est le nombre de finales perdues. La France a disputé 21 finales depuis 2021 et en a gagné 8 (38%). Le Japon en a remporté 43 sur 63 (68%), la Géorgie 11 sur 22 (50%).

Le dernier exemple date de cette semaine à Bakou. Les Bleus y ont disputé deux finales, avec Kaila Issoufi (-78kg) et Romane Dicko (+78kg), pour deux médailles d'argent. Ils repartent sans titre, avec deux médailles de bronze (Shirine Boukli, Dayyan Boulemtafes) en complément. Depuis Paris 2024, la France ne compte qu'un seul titre mondial, celui de Joan-Benjamin Gaba à Budapest en 2025 (-73kg).

Le constat est encore plus net chez les femmes, longtemps locomotives du judo français. Elles ont gagné 31 médailles depuis 2021, mais seulement 5 titres (16,1 %). Et trois de ces titres sont sont à mettre au crédit de Clarisse Agbegnenou (Mondiaux 2021, JO 2021, Mondiaux 2023). Romane Dicko (2022) et Margaux Pinot (2024) sont les deux autres femmes titrées sur la période. Chez les hommes, Teddy Riner signe deux des trois titres (Mondiaux 2023, JO 2024). 

Depuis les années 80, France n'a jamais eu un taux de médailles d'or aussi bas

PériodeMédaillesOrArgentBronze% de titres% Hommes% Femmes
1980-1989 61 17 13 31 27,9 % 31,6 % 26,2 %
1990-1999 42 16 3 23 38,1 % 36,4 % 40,0 %
2000-2009 39 10 14 15 25,6 % 31,2 % 21,7 %
2010-2019 56 23 9 24 41,1 % 43,5 % 39,4 %
2020-2026 42 8 13 21 19,0 % 27,3 % 16,1 %

Mondiaux (dont catégories toutes catégories et Mondiaux open) et JO, épreuves individuelles. Les médailles du tournoi féminin de démonstration de Séoul 1988 sont incluses.

Les années 1980 sont portées par les femmes : 42 des 61 médailles françaises et 11 des 17 titres. Brigitte Deydier est titrée trois fois (1982, 1984, 1986) et Catherine Arnaud deux fois (1987, 1989). Jocelyne Triadou (1980), Béatrice Rodriguez, Martine Rottier, Natalina Lupino (toutes trois en 1982), Dominique Brun (1986) et Catherine Fleury (1989) complètent la liste. Chez les hommes, Thierry Rey et Angelo Parisi sont champions olympiques à Moscou en 1980, Marc Alexandre à Séoul en 1988. Bernard Tchoullouyan (1981) et Fabien Canu (1987, 1989) sont champions du monde. Le taux de titres (27,9 %) reste pourtant modeste, beaucoup de podiums se concluant par le bronze.

Les années 1990 sont celles de l'efficacité. Seulement 3 médailles d'argent pour 16 titres : quand un Français atteignait la finale, il la gagnait dans 84 % des cas. David Douillet pèse lourd, avec 5 titres à lui seul (Mondiaux 1993, 1995 en +95 kg et toutes catégories, 1997, JO 1996). Marie-Claire Restoux est sacrée trois fois (Mondiaux 1995 et 1997, JO 1996) et Cécile Nowak deux fois (Mondiaux 1991, JO 1992). Catherine Fleury (JO 1992), Djamel Bouras (JO 1996), Stéphane Traineau (1991), Séverine Vandenhende et Christine Cicot (toutes deux en 1997), puis Larbi Benboudaoud (1999) complètent le palmarès.

Les années 2000 marquent un premier creux (25,6 %), avec 14 médailles d'argent pour 10 titres. Les champions ne manquent pourtant pas : David Douillet et Séverine Vandenhende aux Jeux de Sydney en 2000, Frédéric Demontfaucon et Céline Lebrun (toutes catégories) aux Mondiaux 2001, Lucie Décosse en 2005, Gévrise Emane en 2007, Morgane Ribout en 2009. Mais les finales perdues se multiplient. Les Mondiaux d'Osaka 2003 en sont le symbole : cinq finales et cinq défaites (Larbi Benboudaoud, Daniel Fernandes, Ghislain Lemaire, Frédérique Jossinet, Annabelle Euranie). La décennie se termine avec l'émergence de Teddy Riner, titré en 2007, 2008 (open) et 2009.

Les années 2010 représentent l'âge d'or statistique (41,1 %), mais un âge d'or très concentré. Teddy Riner y remporte 9 des 23 titres français. Sans lui, le taux tomberait à environ 30 %. Clarisse Agbegnenou ajoute 4 titres mondiaux (2014, 2017, 2018, 2019) et Lucie Décosse 3 (Mondiaux 2010 et 2011, JO 2012). Gévrise Emane est sacrée deux fois (2011, 2015). Audrey Tcheuméo (2011), Loïc Pietri (2013), Émilie Andéol (JO 2016), Marie-Ève Gahié et Madeleine Malonga (toutes deux en 2019) complètent le tableau.

Depuis 2020, le nombre de médailles reste à un niveau comparable à celui des années 1990 et 2000 (42), mais le taux de conversion s'effondre. La France n'a jamais perdu autant de finales sur une période aussi courte : 13 médailles d'argent en six ans, contre 9 sur toute la décennie précédente.

Une densité sans finisseurs

La France reste une nation de premier plan capable de placer des judokas sur les podiums dans quasiment toutes les catégories. Ce qui lui manque, c'est la capacité à transformer ces podiums en titres, une marque historique des grandes générations françaises. À deux ans de Los Angeles 2028, l'enjeu n'est plus d'élargir la base, mais de produire des "finisseurs" capables de prendre le relais de Riner et d'Agbegnenou.



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