Ronda Rousey : des Jeux Olympiques à l'UFC
Judo : les actualités du judo en France et dans le monde / Article / jeudi 6 novembre 2025 /
Médaillée mondiale et olympique, Ronda Rousey met un terme à sa carrière en 2010, à 23 ans, pour se lancer dans la folle aventure du MMA. Plus qu’un parcours sportif, un destin.
Née sur un tatami
Pour comprendre la combattante qu’est devenue Ronda Rousey, il faut remonter aux racines. Car dans sa famille, le judo c’est une affaire sérieuse. Son intensité sur le tatami, puis dans la cage, elle l’a hérité de sa mère Anne Marie Rousey qui a été la première Américaine à remporter un championnat du monde de judo (en 1984). Dans sa famille, le judo n'était pas un hobby, c'était plutôt un mode de vie.
Ronda a commencé le judo à 11 ans. Sa mère la réveillait souvent en lui appliquant une clé de bras (juji-gatame) pour lui apprendre à s'en sortir. C'était une éducation à la dure, mais en même temps ludique, qui a contribué à forger la future championne. Et la méthode a fonctionné car les résultats ne se sont pas fait attendre :
- En 2004, elle devient championne du monde juniors à Budapest et elle participe aux Jeux Olympiques d'Athènes alors qu’elle n’a encore que 17 ans.
- En 2007, elle remporte l'or aux Jeux panaméricains et l'argent aux Championnats du monde, battue par la Cubaine Driulys Gonzalez.
- En 2008, aux Jeux de Pékin, elle décroche la médaille de bronze et devient la première judoka américaine à remporter une médaille olympique.
A 21 ans elle semblait promise à une grande carrière en judo, car elle avait encore de belles années devant elle et une marge de progression importante.
Mais voilà le paradoxe : après avoir atteint les sommets du judo mondial, elle s'est sentie perdue. Elle avait 21 ans, une médaille de bronze, et aucune idée de ce qu'elle allait faire. Elle a travaillé comme barmaid, vivant dans sa voiture pendant un temps. Le judo de haut niveau, surtout aux États-Unis, ne paie pas les factures. Elle avait ce talent brut, cette compétitivité féroce, mais nulle part où la diriger. C'est là que l’idée du MMA a germée.
De la "Voie de la Souplesse" au "Hard Core"
Le pari était risqué et le défi de taille. En MMA, pas de kimono, moins de règles pour protéger les combattants, et une agressivité qui n’existe pas de la même manière sur les tatamis.
C’est en 2010 qu’elle commence sa formation en MMA. Elle rejoint le Glendale Fighting Club sous la direction d'Edmond Tarverdyan. Elle progressse dans tous les domaines, tout en conserrvant son point fort, le judo, qu’elle a su intelligemment réadapter à la cage.
La technique qui l’a rendue célèbre, et qui lui a valu son surnom de “armbar” n’est autre que juji-gatame. La façon dont elle a réussi à en faire une arme pour le MMA était novatrice. Elle n'avait pas besoin de réaliser une amenée au sol traditionnelle et pouvait l'enclencher depuis le "clinch" (corps à corps). Mais surtout elle a utilisé des projections de hanche (comme harai-goshi ou o-goshi) à la suite desquelles elle engageait très rapidement sa clé de bras. Ce schéma classique au judo, ne l’était pas en MMA, comme la suite va le démontrer :
- 2010 : débuts en amateur et victoire en 23 secondes par clé de bras.
- 2011 : débuts en professionnel et victoire en 25 secondes par clé de bras.
Elle rejoint ensuite Strikeforce, la plus grande organisation de l'époque pour les femmes et nn mars 2012, elle affronte la championne, Miesha Tate pour son premier vrai test. Si Tate a résisité plus longtemps que n'importe qui d'autre, le verdict fut le même : clé de bras au premier round. La légende était en marche.
L'Ère "Rowdy" à l'UFC
À cette époque, Dana White, le président de l'UFC, était catégorique. Il avait déclaré publiquement: "Jamais" les femmes ne se battront à l'UFC. Mais Ronda n'était pas seulement dominante, elle était en train de devenir une star. Elle était belle, dominatrice, et avait la capacité à "vendre" un combat en se prêtant au jeu des provocations et des avant-match sulfureux. Elle était l'antithèse de l'athlète féminine polie et réservée et pour le public elle était devenue "Rowdy", un surnom hérité du lutteur "Rowdy" Roddy Piper.
Fin 2012, Dana White change d'avis. L'UFC achète Strikeforce et s’offre Ronda Rousey, la seule star du MMA que l’UFC n’avait pas. En novembre 2012, Ronda Rousey devient la toute première combattante féminine de l'histoire de l'UFC.
Son premier combat aura lieu quelques mois plus tard, en février 2013, lors de l'UFC 157 contre Liz Carmouche en “main event”. Certains étaient sceptiques quant à l’engouement que pouvait créer ce combat… Ce fût un énorme succès et bien sûr, Ronda l’emporta par clé de bras au premier round.
Ce qui a suivi a été l’une des périodes de domination les plus impressionnantes de l'histoire du MMA, hommes et femmes confondus. Elle était devenue plus complète et son agressivité était écrasante. Ses adversaires étaient battues mentalement avant même d'entrer dans la cage.
Parmi ses défenses de titre les plus rapides, on se rappelle de plusieurs victoires marquantes :
- vs. Sara McMann (UFC 170) : Victoire par TKO (genou au corps) en 1 minute et 6 secondes.
- vs. Alexis Davis (UFC 175) : Victoire par KO (coups de poing) en 16 secondes.
- vs. Cat Zingano (UFC 184) : Victoire par Soumission (clé de bras modifiée) en 14 secondes.
- vs. Bethe Correia (UFC 190) : Victoire par KO (coups de poing) en 34 secondes.
Devenue une superstar mondiale, elle n’a pas tardé à attirer Hollywood et à multiplier les apparitions au cinéma ("Fast & Furious 7", "Entourage"), et à faire les unes des magazines. En quelques années elle était devenue le visage de l'UFC.
Analyse du style: pourquoi son judo était imparable ?
Devant une telle domination, on se pose la question : pourquoi des combattantes de MMA de niveau mondial ne pouvaient-elles pas arrêter un simple mouvement de judo ?
La réponse est double : le "clinch" et l'inévitabilité. En MMA, la plupart des combattants craignent le "clinch" contre la cage pour le "dirty boxing" ou la lutte. Mais Ronda l'utilisait pour son judo. Ses adversaires étaient entraînées à défendre des "double-legs" (amenées au sol de type lutte). Elles n'étaient pas prêtes pour des projections de hanche. Ronda n'avait besoin que d'un centimètre de contact. Une fois qu'elle avait saisi leur cou ou leur bras, c'était le début de la fin.
Son style était basé sur la pression constante. Elle avançait, forçant ses adversaires à reculer contre la cage, où leurs options de mouvement étaient limitées. C'est là que sa force physique et sa technique de judo prenaient le dessus.
Voici une petite comparaison de ce qu'elle a accompli dans les deux sports :
| Caractéristique | Judo (Niveau Olympique) | MMA (Niveau UFC) |
| Objectif Principal | Projection (Ippon) ou Immobilisation | KO ou Soumission |
| Discipline | Sport pur, avec gi (kimono) | Combat libre, sans gi, avec frappes |
| Mouvement Clé | Juji-Gatame (Clé de bras) | Juji-Gatame (Clé de bras) |
| Statut | Médaillée mondiale & olympique | Championne de l'UFC |
| Performance notable | 1ere médaille olympique US féminine en judo | 6 défenses de titres réussies |
| Aura | Athlète respectée | Superstar mondiale |
La fin de l'invincibilité
Aucune domination ne dure éternellement, et plus l'étoile brille, plus la chute est spectaculaire.
En novembre 2015, à l'UFC 193, Ronda affronte Holly Holm en Australie, devant une foule record. Holm est multiple championne du monde de boxe et elle aborde le combat avec un plan parfait. Refusant le "clinch", elle a utilisé son jeu de jambes supérieur pour frustrer Ronda, en tournant autour du ring.
Pour la première fois, Ronda avait l'air humaine. Sa technique de frappe, qui semblait bonne contre des grappleurs, montrait ses limites contre une vraie boxeuse. Au deuxième round, un coup de pied dévastateur à la tête a envoyé Ronda au tapis. L'invincibilité était brisée.
Cette défaite l'a détruite mentalement. L'aura était partie. Elle s'est retirée des médias pendant un an. Sa carrière était un pari à enjeux élevés, bien plus imprévisible que de tenter sa chance sur des casinos en ligne sans dépôt minimum. Elle avait tout misé sur son invincibilité. Elle a gagné puis elle a perdu.
En décembre 2016, elle tente de revenir à l'UFC 207, pour récupérer sa ceinture contre la nouvelle championne, la redoutable Amanda Nunes. Mais le come-back tourna court. Nunes, l’une des frappeuses les plus puissantes de l'histoire, l'a démolie en 48 secondes. Ronda a mis fin à sa carrière après ce combat.
Une championne devenue légende
Il serait facile de retenir ses deux dernières défaites, mais ce serait une erreur. La trace laissée par Ronda Rousey ne se définit pas par sa chute.
Avant Ronda, les femmes n'avaient pas leur place à l'UFC. Après Ronda, elles sont devenues des têtes d'affiche régulières, parfois plus populaires que les hommes. Elle a prouvé que les femmes pouvaient être des combattantes spectaculaires, affûtées et rentables.
Elle a été la première femme intronisée au Hall of Fame de l'UFC. Elle a ensuite réussi une transition incroyablement réussie vers la WWE (catch professionnel), devenant l'une de leurs plus grandes stars, prouvant une fois de plus sa capacité à rebondir.