Le jeu mental : la face cachée du judo

Judo : les actualités du judo en France et dans le monde / Article / mercredi 24 decembre 2025 /


Plus on se rapproche du haut-niveau et plus le judo devient une partie d'échecs, durant laquelle chaque joueur doit rester extrêmement concentré pour le pas commettre d'erreurs, et être prêt à exploiter la moindre faille dans le jeu de l'adversaire.

Avant le combat

Le judo n'est pas le boxe ou le MMA, sports réputés pour leur avants-match spectaculaires au cours desquels se mêlent trash-talking, exhibition de la musculature et tentatives d'intimidation.

Néanmoins il faudrait être candide pour penser que ce round zéro, n'existe pas au judo. L'intox est plus discrète mais elle existe. En salle d'échauffement, dans le couloir menant au tatami, lors de l'arrivée sur le tatami ou lors du premier salut, les jeux de regards et les attitudes font partie de 'l'intox'.

On se rappelle encore lors des Jeux Olympiques de Paris de Joan-Benjamin Gaba collé dans le dos du Japonais Hashimoto pour lui faire sentir son souffle sur la nuque. Prendre un avantage psychologique avant le combat, ce n'est pas 'gadget', et de nombreux combattants tentent d'en profiter.

Les fans réagissent également aux compétitions majeures à leur manière. Les événements de judo continuent d'attirer l'intérêt des personnes qui suivent les résultats via un bookmaker en ligne. Les cotes initiales désignent souvent les athlètes avec un bon palmarès ou des victoires récentes. Ces chiffres peuvent ajouter de la pression car les athlètes savent que des observateurs externes étudient leur forme. Certains entraîneurs expliquent que cette attention peut ébranler un jeune combattant s'il commence à trop penser aux prédictions publiques. La voie intelligente est de considérer cela comme du bruit et de revenir aux actions qui l'aident à se sentir ancré.

Concentration, le maître mot durant le combat

A haut niveau, les judokas se connaissent bien. La plupart du temps, ils se sont déjà affrontés en compétition, ou à l'entraînement lors de stages, et ils se sont étudiés à la vidéo. Il est donc difficile de véritablement surprendre son adversaire, même si cela reste possible en utilisant une nouvelle technique par exemple, comme le fit toujours Joan Benjamin Gaba, face à Ishiro Abe, lors de la finale olympique par équipes, avec une technique testée pour la première fois à l'entraînement quelques semaines plus tôt. Mais cela reste assez marginal et la plupart du temps les judokas l'emportent avec leur points forts habituels. La concentration durant le combat va permettre de ne pas faire d'erreur et de rester appliqué sur sa stratégie : ne pas avancer face à un spécialiste de seoi-nage, appliquer sans relâche les consignes au kumi-kata, ne pas traîner au sol contre un expert du ne waza, ect...

La psychologie du sport enseigne comment améliorer sa concentration. Il s'agit en fait d'éliminer toute forme de distraction. Comment ? En identifiant les moments de déconcentration. Il peut s'agir :
- d'un regard extérieur,
- d'un bruit,
- ds pensées internes.
C'est en repérant les causes de la déconcentration que l'on va pouvoir les traiter.

Le golden score est la phase du combat où le besoin de concentration atteint son paroxysme, puisqu'à ce moment du combat la moindre erreur sera synonyme de défaite. Le corps est fatigué, et l'esprit à tendance à vouloir en finir rapidement, mais les meilleurs combattants restent concentrés. La lucidité durant le golden score est une arme souvent décisive.

La confiance en soi, une qualité qui se travaille

Il y a dans la confiance en soi une part d'inné, qui fait dire à certains spécialistes qu'être un champion, c'est avant tout une caractéristique psychologique. Parfois perçue comme de l'arrogance, la confiance en soi est une arme en judo, au même titre que la condition physique ou la palette technique. Heureusement elle peut également se travailler et s'acquérir. Lorsqu'un athlète s'entraîne en respectant son plan, qu'il sent une progression et que les résultats confirment qu'il est sur le bon chemin, son capital confiance augmente. A contrario, une défaite peut ruiner la confiance d'un athlète qui se sentait invincible, et il devra reconstruire sa confiance pour se relever de l'échec.

A ce sujet la manière d'aborder la compétition exprimée par le légendaire Shozo Fujii est assez unique et révélatrice de la confiance qui habite les plus grands champions : 'Ce que je sais c'est que si je combattais maintenant je gagnerais probablement. Je ne dis pas ça pour être prétentieux, et je ne pense pas être meilleur techniquement ou plus fort physiquement que les judokas actuels. Mentalement par contre j'ai une manière d'envisager la compétition qui me donne une force qu'ils n'ont pas. (...) A l'heure actuelle les combattants pratiquent un sport qui s'appelle le judo et ils ont intégré la défaite comme une chose normale. Pour moi c'était inconcevable...'

La préparation mentale, partie intégrante de l'entraînement

Gestion du stress, développement de la motivation, mise en place d'objectifs, visualisation...
La préparation mentale est devenue une partie intégrante de l'entraînement des judoka de haut-niveau. Ignorée ou méconnue pendant des décennies, la dimension mentale du judo a vraiment commencé à être abordée sérieusement au début des années 2000. Teddy Riner a été l'un des premiers à avoir recours à une psychologue dès son adolescence pour optimiser ses performances. Le fait que le judoka le plus titré de l'histoire ait cette démarche, a sans doute contribué à ce que d'autres judokas franchissent le pas.

La relation de confiance entre l'athlète et l'entraîneur est un également un sujet auquel une attention particulière doit être apportée. L'athlète doit se sentir guidé, le coach doit être capable d'ajuster sa communication, verbale et non-verbale, en fonction des signaux émotionnels qu'il repère chez l'athlète.

La force mentale, une habitude quotidienne

Il existe chez les très grands champions une caractéristique assez généralisée, il s'agit de leur habitude de toujours en faire un peu plus que les autres et de toujours vouloir gagner, qu'il s'agisse d'un petit match de foot entre amis ou d'une finale mondiale.
Cette exigence quotidienne permet d'une part de progresser un peu plus que les autres, et d'obtenir des gains marginaux face à la concurrence, mais elle leur donne également un avantage psychologique. Comme l'expliquait Mike Tyson lorsqu'il était au sommet de sa carrière : 'Je cours à 5h du matin, car je sais qu'à cette heure là mes adversaires dorment'. A travers cela il renforce sa force mentale en faisant l'effort de se levers très tôt, et il renforce la croyance qu'il s'entraine plus que ses adversaires qui dorment pendant que lui court. 

 



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