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Matthieu Bataille : « Une petite surprise » Interview / jeudi 11 fevrier 2021 / source : alljudo


Après avoir débuté sa carrière d'arbitre en 2017, le triple médaillé mondial Matthieu Bataille vient d'être désigné pour arbitrer lors des prochains Jeux Olympiques. Interview.

Bonjour Matthieu Bataille, tu viens d'être désigné pour arbitrer aux Jeux Olympiques. C'est une surprise ?
On va dire que oui. J'y pensais mais je ne pensais pas que ça arriverait aussi tôt. J'ai commencé l'arbitrage en 2017, suite à l'annonce par l'IJF d'un cursus rapide pour les anciens médaillés mondiaux.

C'est ça qui a été le déclencheur ?
En partie, mais ma principale motivation c'était le manque du haut-niveau, des voyages, du circuit. Même si je suis très investi dans mon club et dans ma région, et même si à la fin de ma carrière en 2014 j'avais envie de me poser, le manque est revenu progressivement.

Tu as senti rapidement que tu étais doué pour l'arbitrage ?
Non pas vraiment. Je n'ai pas la vocation et il y a 7-8 ans c'était tout à fait inimaginable pour moi qu'un jour j'arbitrerai aux JO. Lors de mes premiers pas en tant qu'arbitre il me manquait d'avoir un bon positionnement pour voir les actions sous le bon angle, et d'avoir du relâchement dans mon attitude et dans ma gestuelle. Les valeurs et la compréhension du combat ça je l'avais, mais je réagissais encore comme un compétiteur, je ne prenais pas assez de distance.

Est-ce que les autres arbitres t'ont aidé ?
Oui, j'ai été bien entouré. Cathy Mouette m'a donné beaucoup de conseils, Vincent Druot (arbitre olympique 2016) m'a accompagné pour les examens. Pas mal d'arbitres français et étrangers m'ont également aidé.

En tant qu'arbitre est-ce que le fait de ne pas disposer d'un large éventail de valeurs, comme lorsqu'il y avait encore le yuko et le koka, est gênant ?
Honnêtement je fais complétement abstraction de ce type de considérations car cela ne m'aidera pas dans mon arbitrage. Je suis complétement imprégner du nouveau règlement pour essayer d'être le meilleur possible.

Est-ce que en tant qu'arbitre il y a un stress comparable à celui que l'on ressent lorsqu'on est compétiteur ?
Oui bien sûr, mais ça se gère. Il faut savoir ne pas tenir compte de de ce qui se passe autour. En 2019, lors des mondiaux, j'ai appris que mon fils avait été mordu par un chien, ce n'était pas évident de ne pas y penser et de rester concentrer.

Y-a-t-il des judokas difficiles à arbitrer ?
Oui il y a toujours des petits roublards qui font des attaques pas top et qui jouent la moulinette. Mon œil d'athlète m'aide mais parfois c'est difficile. D'ailleurs lors des stages d'arbitrage il arrive que sur certaines situations les avis soient partagés à 50-50.

Avec la crise sanitaire, il y a peu d'occasion d'arbitrer. Comment fais-tu pour garder ton niveau ?
Oui il n'y pas ou peu de compétitions, pas de stages non plus. Je regarde beaucoup de vidéos, car il faut s'entraîner, c'est comme quand tu es athlète. Je regarde également les combats que j'ai arbitrés, pour voir ce que je peux améliorer. Pour moi c'est vraiment important d'être prêt et d'être à 100% de mes capacités, car je redoute de faire une erreur qui porterait préjudice à un athlète. Je connais les efforts et les sacrifices qu'ils font.

Par rapport aux générations précédentes il y a moins d'athlètes de haut-niveau qui se lancent dans l'arbitrage à la fin de leur carrière. Qu'est-ce que tu as envie de leur dire ?
Je pense qu'il faut oser. C'est vrai qu'en tant qu'ancien athlète au début on est épié, jugé. Certains t'attendent au tournant. Mais ça vaut le coup, ça permet de combler le manque que beaucoup d'athlètes ressentent à la fin de leur carrière, et de passer des bons moments.

Tu as des échanges avec le staff et avec les judokas de l'équipe de France ?
Oui sur les compétitions on échange, je leur explique les consignes d'application de certaines règles. J'ai également fait une intervention à l'INSEP début 2020, c'est intéressant d'intervenir directement auprès des athlètes et de pouvoir leur partager comment en tant qu'arbitre on appréhende et on juge une situation.

 



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