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Frédéric Demontfaucon : « le double projet est une mascarade » Interview / jeudi 12 decembre 2019 / source : alljudo


Champion du monde et médaillé olympique, Frédéric Demontfaucon a connu les difficultés de l’après-carrière et de la reconversion. Alors que certaines voix s’élèvent pour minimiser les déclarations récentes de Emilie Andéol, il apporte un témoignage fort et sans langue de bois.

Qu'est-ce que t'inspirent les déclarations récentes de Emilie Andéol ?
J'ai eu l'impression à travers ses paroles de revivre ma propre mauvaise expérience. J'avais choisi de mettre entre parenthèse ma vie active pour ma vie sportive car on m'avait fait miroité qu'il n'y aurait pas de soucis ensuite. Du coup, avec la carrière que j'ai eue, j'étais plutôt confiant, d'autant plus que Brigitte Deydier m'avait dit : "il ne faut pas courir deux lièvres à la fois, ne t'inquiète pas, on s'occupera de toi pour la suite". Mais quand j'ai fini ma carrière Brigitte était partie et elle avait été remplacée par Jean-Claude Senaud qui m'a juste dit : "On ne te doit rien."

Forcément ça laisse un goût très amer. Quand tu as passé quinze ans à représenter ton pays, ton sport au plus haut niveau et qu'au moment où la page se tourne, tu te rends compte qu'en réalité c'est le livre qui s'est fermé... c'est dur. Tout s'arrête, les robinets se ferment, tu deviens chômeur et on te tourne le dos. Pour mon cas personnel, j'ai voulu faire une formation en massage, mais ça n'a pas été simple. Il a fallu que cela remonte au Ministère - qui subventionne les fédérations pour les reconversions - pour que la FFJDA accepte de financer cette formation. Et encore, je passe sur les détails de certains engagements qui n'ont pas été tenus. Finalement c'est l'Association des Internationaux de Judo (AIJ) qui m'a aidé !

On sent dans les propos d'Emilie Andéol, que ce n'est pas seulement sur l'aspect matériel qu'elle s'est sentie abandonnée. As-tu ressenti la même chose à la fin de ta carrière ?
Il faudrait déjà que la Fédération nous accompagne tout au long de notre carrière. Le double projet n'est qu'une mascarade. Ils ne voient que leurs propres intérêts et se fichent pas mal de ce que l'on peut devenir. Nous ne sommes que des "chevaux de course". Si tu gagnes on continue à parier sur toi, si tu es moins bien on passe à un autre cheval et tu es bon pour l'abattoir.

A l'époque, il y avait Paulette Fouillet qui se débattait - et je pèse mes mots - contre son propre système, pour essayer de pousser les athlètes à faire des études et à préparer leur avenir. Mais elle se heurtait à des murs. Les entraîneurs n'en avaient que faire. Dans leur vision, les athlètes sont là pour s'entrainer, pour performer et pour rien d'autre !

Quelles mesures la fédération pourrait-elle prendre pour mieux accompagner les athlètes à l'issue de leur carrière ?
Dans d'autres pays, les champions deviennent médecins, pharmaciens, ingénieurs, en France ils ont un BPJEPS ! Il y a quelques années j'avais discuté avec Axel Clerget et je lui avait conseillé de se consacrer d'abord à ses études pour pouvoir ensuite se consacrer à sa carrière sportive. C'est ce qu'il a fait. Aujourd'hui il a son diplôme de kiné et il réussit une magnifique carrière. La Fédération lui a tout de même retiré sa convention avec les Douanes au motif que comme il est kiné, il peut travailler.

Mais le plus terrible, c'est que Axel ou moi, nous avons réussi notre parcours sportif, nous avons été champions ! Tous les autres qui se sont engagés dans ce parcours et qui n'ont pas atteints leurs objectifs, n'ont même pas droit à un merci.

Du coup comment peut-on donné envie aux jeunes de s'engager dans une carrière de haut niveau ? Moi en tant que parent, je n'ai pas envie d'envoyer mes enfants dans le mur. J'aimerai qu'ils aient un vrai accompagnement pendant leur carrière et des garanties pour l'après-carrière. Au Japon, les champions sont accompagnés pendant et après par de grandes entreprises. En Corée, ils ont des rentes à vie et un emploi. Dans beaucoup de pays, il y a une vraie reconnaissance des champions. En France, on prend, on presse, on jette.

 



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  • samy - le 08/01/2020 à 07:25

    Bah tout le monde sait sait comment cette fédé est gérée ... Rougé se gave de petits fours et les DTN deviennent des seigneurs féodaux qui adoubent ou coupent les têtes ...

  • Louloute - le 16/12/2019 à 01:41

    Est ce que tout les sportifs de haut niveau sont aussi peu consideres par leur federation?en ce qui concerne le judo c est lamentable d abandonner ses athletes et de les considerer simplement comme de machines a gagner honteux!!!!

  • Fjudo - le 14/12/2019 à 04:06

    Merci pour cette remise en cause,qui montre que les athlètes professionnels sont globalement traités comme des amateurs.C'est inconséquent.

  • NANY - le 13/12/2019 à 11:11

    Et bien encore une vérité qui dérange et pas facile à accepter ......Là c'est la morale...... de l'histoire !