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Alpha Oumar Djalo : « Ma deuxième place n'est pas un exploit ! » Interview / lundi 26 fevrier 2018 / source : alljudo - Laurent ACHARIAN - à Düss


Alpha Oumar Djalo est l'unique médaillé français chez les hommes ce week-end au Grand Slam de Düsseldorf. Pas vraiment attendu, il s'est frayé une place jusqu'en finale où il échoue contre l'Iranien Saied Mollaei. Une performance prometteuse pour un judoka méconnu mais ambitieux !

Cette deuxième place à Dusseldorf, elle vous surprend ?
Je savais que j'étais capable de battre les plus forts, d'élever mon niveau à chaque combat. Le déclic de la journée, c'est le huitième de finale contre le Canadien Antoine Valois-Fortier (vice-champion du monde en 2014 et médaille de bronze olympique en 2012). Quand je mets une valeur, je comprends que tout devient possible et en plus, je me sentais de mieux en mieux. Tellement mieux qu'à Paris (NDLR : il y a perdu au premier tour). Là-bas, c'était mon premier Grand Slam. C'était à la maison avec la famille et l'enjeu. Je passais des championnats de France (3e) à un Grand Slam. J'ai manqué d'audace clairement contre le Coréen. En Allemagne, j'étais plus détendu et j'ai attaqué comme j'ai l'habitude de le faire. Je n'ai pas eu peur et j'ai su enchaîner des matches de haut niveau.

La catégorie des -81 kg est très ouverte en France. Cela peut vous offrir un ticket pour les championnats d'Europe...
Peut-être. Mais il faut toujours attendre que la sélection soit donnée. Je ne considère pas ma performance comme un exploit, je sais à l'entraînement que j'arrive à battre des mecs très forts. Ce qui s'est passé à Dusseldorf, c'est juste le fruit de mon travail, c'est normal que j'en sois là.

En demie, contre le Portugais Anri Egutize, vous mettez un ippon, finalement compté waza-ari, sans vous démobiliser...
Exactement. Je suis resté dans le combat et c'est nouveau pour moi. Je me suis dit : «Pas de problème, je vais lui en mettre une autre ». C'est moi qui en ai pris une finalement ...avant de conclure. Et ce n'était pas facile : C'est un vrai buffle ce mec.

Vous perdez contre le 4e mondial en finale, l'Iranien Saeid Mollaei. Il vous manque quoi pour le bousculer ?
Du rythme. Je l'ai laissé dans son registre. Chaque fois que je le déséquilibre, il est en danger. Mais j'ai manqué de patience et ça, c'est vraiment de l'expérience. Sur l'action où je perds, je cherche à le coller alors que j'aurais dû rester dans mon registre. Il commençait à baisser au niveau de l'intensité m'a-t-on dit. Sur le tatami, j'avais l'impression de combattre un tronc. Il ne me lâchait jamais sur les mains. C'est une bonne expérience, je n'ai pas été ridicule. Il faudra que je sois plus rigoureux la prochaine fois. J'avais des consignes très précises - commencer par la manche et dès que je mettais la main au revers, d'être très mobile. Je ne l'ai fait que de temps en temps. C'est cela le haut niveau. Il a toujours contrôlé la situation. Mais j'ai beaucoup appris et en général, je ne commets jamais deux fois la même erreur.

Personne ne vous connait vraiment...
C'est vrai. Je suis jeune -j'ai 21 ans et je m'entraîne au Racing avec Waldemar Legien (NDLR : double champion olympique polonais en 1988 et en 1992). J'ai décidé de rester au Racing pour lui. Il a eu une carrière extraordinaire et il veut transmettre. Il connait parfaitement ma catégorie. Il me suit depuis quatre ans alors que je n'avais plus de résultats. J'hésitais entre deux catégories. Je faisais six kilos de régime pour tirer en -73kg. Il m'a dit : « monte ! ». Beaucoup me disaient que ce n'était pas une bonne idée à cause de ma taille mais il avait raison et mon résultat d'hier le prouve. Je lui fais confiance. C'est plus que mon mentor. C'est mon papa, je le porte dans mon cœur. Je suis donc entre le Racing, l'Insep où je suis rentré cette année et mon club d'origine, le Pré Saint Gervais où je retourne tous les vendredis soir.

Vous êtes étudiant aussi.
Oui, j'ai fini mon DUT Gestion administrative et commerciale des organisations l'an passé. Je suis maintenant en licence commerce et distribution. Je travaille à la boutique PSG de Bercy Village en alternance. Je passe deux semaines en cours, deux en entreprise. Le matin je vais à l'entraînement, puis je suis en entreprise et le soir je fais des prépas au Racing. Mon but, c'est de travailler dans les ressources humaines. Apres ma licence, je vais mettre mes études entre parenthèses pour préparer les Jeux. Je suis en avance sur mon planning.

Comment expliquez-vous votre éclosion cette année ?
J'ai gagné les championnats de France en cadets et en juniors. Aux Europe juniors, je fais septième mais j'avais beaucoup de mal à reproduire ce que je faisais à l'entraînement en compétition. J'avais un problème de confiance en moi. Aujourd'hui, j'ai une équipe derrière moi qui me permet de ne m'occuper que de mon judo. Je travaille avec un préparateur mental depuis huit mois, j'ai une diététicienne. Mon premier entraîneur de club, Bruce Van Heesche, qui est gestionnaire de patrimoine m'accompagne également ainsi que ma mère qui m'aide beaucoup sur la nutrition notamment. Cela fait dix mois que j'ai mis cela en place et je me sens mieux. Bruce a une vision du sport de haut niveau, il sait me préserver, me conseiller.

C'est quoi les objectifs désormais ?
Les Jeux ! C'est ma première année à l'INSEP, j'ai une vraie marge de progression. Les périodes sans médaille, c'est très formateur. Aujourd'hui, tout le monde me salue, me félicite alors qu'il y a une semaine, je n'existais pas. Après, le tournoi de Paris lors du stage, j'avais demandé à Ivanov (NDLR : Alpha Djalo l'a battu en quarts à Düsseldorf) de combattre avec moi, il avait refusé. Il ne me connaissait pas. Ils vont m'étudier maintenant mais c'est la règle. Cela fait partie du jeu et c'est pour cela qu'il faut toujours innover.



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