Judo : les actualités du judo en France et dans le monde - Article

Amélie Grossman-Etoh : 'montrer du doigt certaines dérives' Article / mercredi 21 decembre 2016 / source : alljudo


Dans son roman 'Sois champion et tais-toi' Amélie Grossmann-Etoh, décrit la face sombre du judo français. Entretien avec l'auteur de ce livre qui dénonce.

Le Synopsis :
Un sélectionneur national de l'équipe de France de judo est retrouvé mort dans l'enceinte même de l'INSEP. L'affaire est complexe. Un étrange commissaire de police est dépêché pour rencontrer les autres personnages du roman : Kevin et Audrey, deux jeunes champions qui ne pensent qu'à participer aux jeux Olympiques ; Fabrice Majeur, le nouveau responsable des équipes de France ― un ami proche de la victime ; mais aussi le président de la Fédération française de judo qui ambitionne un troisième mandat avec pour seule motivation ― assure-t-il ― la défense des intérêts de la discipline ; sans oublier Christine, la secrétaire de direction, dont le dévouement est sans bornes. Et si l'assassin qui sévit dans le milieu n'était en fait rien d'autre qu'une allégorie ― celle des atteintes portées à l'esprit du judo, la discipline sportive tant aimée ?

Bonjour Amélie, peux-tu commencer par nous parler de ton parcours sportif et professionnel ?
Déjà à l'âge de 9 ou 10 ans, j'ai senti que le judo allait prendre une place importante dans ma vie : j'avais envie de pratiquer ce sport sans cesse, d'apprendre toujours plus de prises, de parades. On m'offrait des livres de judo que j'étudiais longuement à la place de faire mes devoirs ! J'ai fait partie des meilleures cadettes et des meilleures juniors de ma génération en France, j'ai intégré le Pôle France de Brétigny-sur-Orge, puis le club de Sainte-Geneviève Sport. Cette époque m'a légué mes amitiés les plus fortes, les plus sincères, mais aussi le souvenir de pédagogues chaleureux, soucieux du bien-être de l'athlète : Jean-Raymond Marquez, responsable d'antan à Brétigny, et Celso Martins, épaulé par tout le staff de SGS ; ils font un travail formidable, ce sont des passionnés, altruistes et bienveillants. Par la suite, j'ai fait des études en psychologie du sport, et j'allais suivre quelques entraînement à l'INSEP dans le but de me frotter aux plus fortes des membres de l'équipe de France. J'ai côtoyé le très haut niveau. Mais lors des compétitions, les résultats ne suivaient plus. A 22 ans, j'ai décidé d'arrêter ma modeste carrière, tout bonnement. Cela n'a pas été simple, j'ai eu l'impression de vivre comme un deuil : l'écriture de romans m'a aidé à me plonger dans une activité de substitution, de tourner la page : c'est le cas de le dire ! Aujourd'hui je suis psychologue du sport et j'ai un Master dans les métiers du Livre.

Dans ton roman 'Sois champion et tais-toi ! ', tu décris avec beaucoup de précision les dessous du judo de haut-niveau, avec de nombreux faits réels. Ton roman n'est-il finalement pas qu'une couverture pour dénoncer la face sombre du judo français ?
Je tiens à être très claire là-dessus : il ne s'agit en aucun cas d'un roman anti-judo. Ce sport, je l'ai aimé passionnément, et je continue de l'aimer : je m'intéresse à l'actualité en lien avec cette discipline que je suis de très près. Comme j'ai côtoyé le milieu du haut niveau, je me suis imprégnée de tout cela. Il a été facile pour moi de décrire ce qu'est le haut niveau en judo, ses difficultés spécifiques pour parvenir au top, les déboires susceptibles d'être rencontrés. Il s'avère que certaines situations - plutôt banales - se rencontrent aussi dans le judo : un entraîneur national qui entretient une relation amoureuse avec une athlète, un président de Fédération qui ne se lasse pas de son pouvoir, un athlète mis au placard, délibérément... Ces situations alimentent l'intrigue de mon roman qui a été ma manière à moi, en effet, de montrer du doigt certaines dérives dans le milieu du judo, même si personnellement je n'en ai pas été victime. Sachez quand même qu'il s'agit avant tout d'une fiction : le personnage de l'arbitre, dans mon roman, qui subit des pressions pour faire perdre un athlète est un épisode tout droit sorti de mon imaginaire ! Dès les premières pages, un sélectionneur national est retrouvé mort, sans doute assassiné, dans son bureau à l'INSEP ! Vous voyez bien que j'y mêle plusieurs genres : policier, auto-fictionnel...

Comment as-tu obtenu toutes les informations ? Est-ce que les langues se sont déliées facilement ou as-tu senti des résistances ?
Même si j'ai arrêté le judo de haut niveau il y a plus de 10 ans maintenant, je suis toujours en contact avec des amis qui ont été ou qui sont encore actuellement à l'INSEP. J'ai retrouvé chez certains d'entre eux beaucoup d'amertume et de détresse qui à mon sens, ont délié leurs langues, c'est vrai. Je me suis posé des questions. Objectivement, un athlète - qui sacrifie de nombreuses choses pour être un champion - doit être respecté, comme n'importe quel être humain, d'autant plus que le code moral de la discipline le prescrit. Il se passe que certains champions qui ont représenté la France à de nombreuses reprises lors de championnats internationaux apprennent par des on-dit ou en parcourant internet qu'ils ont été écartés d'une sélection qu'ils attendaient ! Au-delà des polémiques en lien avec telle sélection ou telle non-sélection pour un athlète, au-delà du fait que le sport de haut niveau 'ne fait pas dans les sentiments' - c'est bien connu - ; la moindre des choses, selon moi, est de s'entretenir à part avec l'athlète pour lui parler de vive-voix ! Je vois ça comme une aberration, d'autant plus que la proximité est l'essence même de notre sport. Une communication normale est une marque de respect, un accompagnement dans leur déception, qui est immense, également. Il est légitime que les athlètes frustrés se lâchent davantage. Beaucoup ont été contents de la sortie de ce livre, comme si j'avais endossé le rôle de porte-paroles dans le milieu du judo. Le livre a été entre les mains de plusieurs journalistes au journal Le Monde et l'Equipe, mais il n'en est rien ressorti. Seul L'Humanité en a parlé (et j'en suis très fière), ainsi que des journaux locaux et liés au judo. Je vous suis d'autant plus reconnaissante d'en parler sur votre site, très suivi par les judokas que cela peut intéresser !

As-tu reçu des pressions suite à la sortie du livre ?
Je trouve que votre question m'interpelle. Elle sous-entend que notre fédération fonctionne sur un mode très fermé. Je l'ai en effet constaté avec le rejet de plusieurs sélectionneurs nationaux, de salariés qui ont travaillé au sein de la fédération, et d'athlètes. Mais je n'ai pas eu de pressions, non, et heureusement...!

L'action du roman se situe avant les JO de 2000. Penses-tu que les mentalités et les moeurs ont changé dans le judo de haut-niveau ?
D'abord, le roman mêle plusieurs époques : je parle des JO 2000 mais en réalité j'y évoque la débâcle d'Athènes 2004... Et en même temps, un certain 'poids lourd' français s'apprête, s'il remporte la médaille d'or, à devenir le plus grand judoka français de tous les temps : Eddy Liner ! La nature même du roman m'a permis de faire quelque anachronismes. Vous savez, j'ai le sentiment que les mêmes problèmes persistent depuis des décennies dans le milieu... Mais je reste optimiste : les choses vont s'arranger avec les futures générations. Je l'espère sincèrement.

Travailles-tu sur un prochain roman ?
Oui, je suis au tout début d'un nouveau projet.

Qu'est-ce que vous conseillerez aux jeunes dont le rêve est d'embrasser une carrière de judokas de haut niveau ?
Le conseil que je leur donnerais, très modestement, est d'aller au bout de ce qu'ils peuvent faire, de n'avoir aucun regret, de tout donner. D'être le plus créatif possible, de diversifier leurs entraînements, de ne pas entrer dans un cercle routinier. D'éviter de faire des régimes draconiens, tout le système du judo de compétition repose aussi sur ce type de régimes et je le dénonce aussi dans mon roman. Le judo, et le sport en général, doit continuer à être un vecteur d'épanouissement personnel. Pas autre chose, quel que soit le niveau attendu.

Un conseil pour ceux qui aimeraient écrire un roman ?!
D'y croire, là aussi ! Et comme pour le sport de haut niveau, il faut beaucoup travailler, beaucoup lire, s'astreindre à une discipline qui n'écarte en rien le plaisir... C'est le plus important !