Judo : les actualités du judo en France et dans le monde - Interview

Pierre Champion : « Asseoir les partenariats privés » Interview / vendredi 29 mars 2013 /


Président du Franche Comté Judo Besançon depuis plus de 20 ans, Pierre Champion nous explique comment il est parvenu à créer en Franche-Comté l’une des places fortes du judo français et les projets qu’il a pour son club. Interview.

Bonjour Pierre Champion, depuis quand êtes-vous le président du Franche Comté Judo Besançon ?
Depuis son origine en 1988. Je fais partie des fondateurs du club avec entre autres Jean-Claude Rognon (Père de Vincent et Patrice), Jean Pourchet, Jean Luc Stemmer, Jacques Grosperin, Christian Morel actuel vice-président et Vincent Rognon, qui est désormais Directeur National de la FFSU. Notre idée a été de créer une structure pour permettre de conserver nos meilleurs judokas dans la région et éviter dans la mesure du possible qu'ils ne se licencient dans des clubs Parisiens. Au départ cela devait concerner uniquement Besançon, puis finalement nous avons élargi à la région. Le principe est de rassembler les meilleurs judokas de la région, à partir de cadets, et de leur donner les moyens de pratiquer le judo à haut-niveau.

Aviez-vous déjà une expérience de dirigeant à cette époque ?
J'étais président de département, membre de la ligue et j'étais également professeur de judo. J'ai ensuite présidé la ligue de 1990 à 2004, j'ai siégé 8 ans au comité directeur de la Fédération de 1992 à 2000 et j'ai été trésorier puis vice-président du Collège national des Ceintures Noires de 1992 à 2000.

Est-ce que le succès est venu rapidement ?
Forcément au départ, nous n'avons pas fait l'unanimité, et encore aujourd'hui il y a parfois de la jalousie et des réticences avec certains dirigeants ou avec certains clubs. Cela n'empêche pas que bon nombre de clubs adhèrent à notre idée et nous envoient régulièrement leurs meilleurs éléments à partir de cadets. Sportivement nous avons eu tout de suite des résultats avec les titres de champions de France cadets de Ghislain Lemaire et de Frédéric Steinman dès la première année. Ensuite les titres et les victoires se sont enchainés, et aujourd'hui, après 25 ans d'existence, Franche Comté Judo Besançon c'est 110 podiums et 55 titres nationaux, auxquels il faut ajouter 22 podiums européens ou mondiaux.

A quoi attribuez-vous ces excellents résultats ?
Nous avons eu la chance de compter dans nos rangs deux formateurs hors-pair, Jean Pourchet et Jean-Luc Stemmer, qui associés à l'ensemble des enseignants des clubs d'origine de nos athlètes, ont formé et fait progresser des compétiteurs comme Ghislain LemaireChristophe Humbert, Christophe Barata, Alexandre Lhomme, Massamba M'Baye, Maxime Clément, Julien Ribère, Claire Maufrais. Ensuite nous attachons beaucoup d'importance à la cohésion de groupe. C'est grâce à cela que nous avons obtenu deux podiums aux championnats de France 1e division par équipes. Nous ne cherchons pas à recruter des athlètes trop chers. Ce n'est pas dans nos moyens et cela ne fait pas partie de notre philosophie. Les athlètes qui nous ont rejoints au cours ces dernières saisons (grâce au relationnel de Thierry Deval), comme Franck Party, Lilian Barreyre, Thomas Pasquier, Pierre-Louis Guérin, Julien Maugard ou encore Jérôme Wûstner, l'ont fait car ils avaient déjà des affinités fortes avec les judokas du club. La quinzaine d'athlètes qui sont sur Paris cultivent cette cohésion en s'entrainant ensemble au moins une fois par semaine, c'est important pour eux.

Au-delà de cet esprit de groupe quels sont les autres lignes directrices du club ?
Nous attachons beaucoup d'importance à la réussite de nos athlètes. A titre d'exemple Massamba M'Baye et Christophe Barata sont kinés, Lilian Barreyre et Alexandre Lhomme sont en professorat de sport, d'autres anciens sont devenus chefs d'entreprises, cadres, ingénieurs, cadres techniques. C'est quelque chose de très important dans notre projet, et c'est bien sûr un élément qui rassure les parents qui nous confient leurs enfants.

Qui sont les professeurs du club ?
Il y a Thierre Deval, Jean Pourchet et Christophe Barata en charge des groupes seniors, Julien Parrot et Sébastien Epailly sur les cadets et les juniors, ce dernier intervenant en milieu scolaire, et également sur le pôle espoirs de Besançon, avec lequel nous entretenons de très bonnes relations, tant du côté du CTS, Sylvain Limouzin que du responsable, Olivier Chauvin.

Quel est le budget du Franche Comté Judo ?
Nous avons un budget de fonctionnement d'environ 300 000 €, cette somme variant bien sûr d'une année à l'autre. Sur des 300 000 €, il y a 170 000 € qui proviennent d'une trentaine de partenaires privés. A ma connaissance, il y n'y a pas beaucoup de clubs en France où les partenariats privés représentent une telle part du budget.

Comment parvenez-vous à convaincre les entreprises de vous accompagner ?
J'étais banquier, puis agent commercial, et de par mon activité professionnelle j'ai beaucoup de relations dans le monde de l'entreprise. Ce qui les intéresse c'est l'ambiance et le sérieux aussi bien sportif que scolaire ou professionnel qu'il y a dans le club. A l'inverse des autres sports, nous n'avons pas la possibilité de leur proposer de la visibilité à travers des matchs tous les week-ends, donc nous essayons de leur offrir autre chose. Nous avons un site internet ainsi qu'une revue où les partenaires sont privilégiés, et nous participons à des opérations qui impliquent nos partenaires. Par exemple nous travaillons sur l'insertion dans les quartiers difficiles en partenariat avec GDF/Suez, Cofely. Nous participons également au Raid Handi-forts qui associe un valide, un handicapé et un cadre d'entreprise, et l'équipe prend le nom de l'entreprise qui la parraine. Dès la création du club, nous avons toujours été tournés vers le monde de l'entreprise.

Quelles sont vos perspectives et vos projets pour l'avenir ?
Au niveau financier notre but est d'asseoir les partenariats privés car la tendance est à la baisse au niveau des subventions, même si cette année nous avons une subvention à la hausse de la part de la ville de Besançon. Au niveau sportif, nous souhaitons toujours avoir une équipe compétitive en 1e division avec des athlètes de la région et en faisant appel à des athlètes qui sont n°2 ou 3 dans les gros clubs parisiens, mais aussi, à l'instar de ces deux dernières années, confirmer l'accession à la 1ère division de notre équipe féminine. Enfin nous avons le projet de développer un tournoi par équipes à Besançon, sur le modèle de l'OJMed, qui serait placé entre le tournoi de Paris et les championnats de France 1e division qui auront lieu en mars la saison prochaine. Ainsi on espère avoir les meilleures équipes françaises et peut-être aussi des délégations étrangères qui séjournent en France. On travaille actuellement sur le budget avec comme objectif de pouvoir offrir l'hébergement et un plateau de qualité aux équipes participantes.

Il y a peu de clubs de Province qui parviennent à se tenir à haut-niveau sur la durée. Quel est votre secret ?
En effet nous faisons partie des rares clubs de province présents à haut-niveau depuis plus de 20 ans. Près de chez nous il y a également l'ADJ21. Nous avons commencé presqu'en même temps avec l'ADJ21 et nos clubs ont connus la réussite que vous connaissez. D'ailleurs au début, avec Jean-René Girardot à l'époque président de la ligue de Bourgogne et maintenant vice-président de la Fédération, nous avions créé un club d'affaires commun pour rassembler les partenaires. Parmi les éléments de notre réussite il y a le fait que nous communiquons beaucoup avec nos partenaires, nous les faisons participer à la vie du club, et il y a également le gros travail effectué avec la presse régionale qui contribue à renforcer notre notoriété en Franche Comté et bien au-delà.

Vous êtes très attachés aux championnats par équipes, que pensez-vous de la formule actuelle ?
Le championnat de France par équipes change de date chaque année, une fois en juin, une fois en mars, une fois en novembre... A Lievin on a même fait les championnats par équipes à la suite des individuels. Cela ne permet pas aux clubs de communiquer correctement sur un rendez-vous régulier. L'idée d'un circuit avec plusieurs manches qui serait qualificatif pour une phase finale me parait bonne. Cela dit, pour la santé des athlètes il faudrait faire attention à limiter le nombre de dates et à leur laisser une tolérance de poids, mais cela permettrait certainement aux clubs d'avoir une meilleure visibilité, et une meilleure reconnaissance.


Le site de Franche Comté Judo Besançon

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  • manujudo - le 30/03/2013 à 11:17

    Bravo Pierre Champion! Chouets projets pour le FCJ et belle idée de mettre en place un gros tournoi du type OJMed! Votre club est un bel exemple!