Shinji Hosokawa : le plus important c'est la mentalité
Interview / mardi 25 septembre 2012 / source : alljudo.net
Rencontré à l'occasion du stage Mizuno à Lyon, Shinji Hosokawa a accepté de répondre à nos questions. Interview.
Bonjour, vous avez travaillé en France il y a quelques années c'était à quelle époque ?
C'était en 1990, et je suis resté un an aux côtés de Patrick Vial et de Serge Feist qui étaient les entraineurs de l'époque. Il y avait de très bons judokas, dont malheureusement plusieurs ne sont plus là, comme Philippe Pradayrol, Jean-Louis Geymond, Pascal Tayot ou Stéphane Traineau. David Douillet était tout jeune et je l'avais accompagné aux championnats d'Europe juniors qu'il avait remporté face au Géorgien David Khakhaleichvili, le futur champion olympique de Barcelone.
Qu'avez-vous pensez des derniers Jeux Olympiques ?
La performance du Japon a été mauvaise, mais la satisfaction c'est de voir que le judo est vraiment international avec des médailles distribuées à beaucoup de pays c'est bien. Je retiendrais aussi quelques individualités comme le Russe Khaibulaev qui gagne avec morote-seoi-nage, ou encore l'Américaine Harrison, la première championne olympique du judo US. J'ai beaucoup aimé le Géorgien Shavdatuashvili en moins de 66 kg, il avait beaucoup de rage, c'était incroyable.
L'arbitrage a été au centre de beaucoup de polémiques. Quel est votre point de vue ?
Il faut changer le système d'arbitrage. La vidéo ce n'est pas le vrai combat, c'est le combat dans un petit écran. A l'écran, l'appréciation de l'impact, de la vitesse ne sont pas les mêmes, ce n'est pas le vrai judo. D'autre part la commission intervient trop. Personnellement je suis opposé à l'utilisation de la vidéo.
Beaucoup de combat se résument à une bataille de kumi-kata, que peut-on faire pour que cela change ?
Oui c'est vrai qu'il y a trop de kumi-kata. On a déjà changé les judogis, mais ça n'a pas suffi. Que peut-on faire ? Je ne sais pas. Pour gagner les athlètes utilisent beaucoup la stratégie, ça rend le judo un peu triste.
A l'instar de la Russie, le Japon pourrait-il se tourner vers un technicien étranger ?
Oui, pourquoi pas. Il va y avoir une nouvelle équipe, avec de nouveaux entraîneurs, alors peut-être que ce serait bien d'intégrer des techniciens étrangers. En tout cas il va y avoir du changement.
A Londres, on a constaté un recul de uchi-mata. Est-ce parce que les judokas le font moins bien, ou parce que les contreurs sont meilleurs ?
Maintenant il y a uchi-mata gaeshi, que les européens ont inventé et qui est très efficace car il est bien adapté à leur gabarit et à leur puissance physique. Les Japonais font uchi-mata sukashi. Ce que je voudrais dire c'est que dans l'esprit du budo le ippon sur uchi-mata gaeshi est contestable, comme il l'est pour les sutémis, car tori tombe avec uke, donc symboliquement il est mort aussi.
Quelle la qualité principale qu'il faut développer pour devenir un bon judoka, voir un champion ?
La plus important c'est la mentalité, le contrôle de soi, l'évolution personnelle. Il faut gagner contre soi-même pour pouvoir s'imposer l'entraînement tous les jours et pour ne pas avoir le trac le jour de la compétition.
Pour conclure pourriez-vous terminer par une de ces petites maximes dont vous êtes adeptes ?
Il y a une maxime japonaise que je ne peux pas traduire mais qui dit que pour obtenir un gros tas de papier, il faut patiemment entasser des feuilles très fines, c'est l'équivalent de « petit à petit l'oiseau fait son nid » ou encore « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». C'est la somme de tous les petits efforts qui permettent de faire de grandes choses.
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